Gaz de schiste – Algérie-Tunisie

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La volonté de l’État algérien d’explorer le gaz de schiste se heurte à une contestation de plus en plus importante. Il faut dire qu’entre après-pétrole et sauvegarde des nappes phréatiques, le choix n’est pas toujours évident.

Un don de Dieu qui ne convainc pas

Le ministre de l’Énergie a convoqué les enfants, « leur avenir », le président de la République a évoqué « le don de Dieu » pour convaincre les nombreux rétifs du bienfait de la mise en exploration du gaz de schiste. Malgré ces deux arguments, la colère populaire s’amplifie. Depuis plusieurs mois, le sud du pays connaît des émeutes de plus en plus importantes. Le 24 février dernier, les rues d’Alger ont retenti de slogans hostiles. Des députés, des activistes, des citoyens ont marché en direction du parlement. La police les a stoppés sans ménagement. Dimanche 1er mars, à In Salah, 48 gendarmes sont blessés lors d’affrontements. Ce mouvement, mélange de revendications écologiques et de régionalisme face à la surdité du palais présidentiel, ne risque pas de s’éteindre de sitôt. Mohamed Ali Boughazi, conseiller du président Bouteflika, a transmis la parole suprême : « Toutes les énergies, qu’elles soient conventionnelles ou pas, sont un don de Dieu qu’il nous appartient d’exploiter pour le développement du pays. »

La protestation monte, le palais fait la sourde oreille

La ville d’In-Salah est l’épicentre de la protestation. Depuis décembre, son centre est occupé par des jeunes qui s’opposent à l’extraction fractale du gaz de schiste. Un procédé gourmand en eau. À une soixantaine de kilomètres, le premier site test de forage a commencé son activité. Ce processus menace les nappes phréatiques qui ne sont pas légion dans le Grand Sud et le centre algérien. Youcef Yousfi, le ministre de l’Énergie, a multiplié les déclarations contradictoires sur le sujet. Conséquence : la sous-préfecture et le commissariat d’In-Salah ont été incendiés le 1er mars. Si la jeunesse prend fait et cause pour un moratoire, c’est aussi la faute de la dépolitisation de la vie politique algérienne. L’État, tenu d’une main de fer depuis quatre mandats par Abdelaziz Bouteflika et ses proches, tente d’atténuer la frustration de la jeunesse (60 % de la population) à coups d’aides. L’expression en vigueur : « Je veux ma part de pétrole. » À défaut de trouver un job, un avenir, on exige quelques reliquats de la richesse nationale. Pour le gaz de schiste, il en est autrement.

L’après-pétrole en question

L’économie algérienne dépend à plus de 90 % de ses matières premières, essentiellement le pétrole et le gaz. Cette dépendance à l’exportation des hydrocarbures pose un problème à court et moyen terme. La loi de finances 2015 a établi un budget sur la base d’un prix moyen du Sahara Blend (le pétrole du Sahara) compris entre 90 et 100 US$. Il se vend aujourd’hui entre 46 et 50 billets verts. Toute l’architecture budgétaire de l’Algérie est à reconstruire.

Un potentiel extraordinaire

Les perspectives du gaz de schiste sont vertigineuses : le géant algérien, la Sonatrach, estime son potentiel à 20 000 milliards de mètres cubes. Le 21 mai 2014, le président Bouteflika donnait son feu vert à son exploration lors du conseil des ministres. Face à un incendie populaire qui déborde désormais les frontières du Grand Sud, le pouvoir a épuisé son quota de paroles apaisantes. Le 27 décembre, un aréopage de ministres a assisté à l’apparition de la première flamme dans le puits pilote situé dans le bassin d’Ahnet.

Nappes phréatiques : les études « rassurantes »

Le ministre des Ressources en eau, M. Necif, a jugé « rassurantes » les études qui lui ont été fournies. À ses côtés, M. Yousfi se satisfaisait de ce nouveau marché qui s’ouvre à l’Algérie. L’enjeu est de préparer l’après-pétrole, d’assurer au pays un nouveau marché énergétique pour les décennies 2020 et suivantes. Désormais, Alger a décidé de cohabiter avec cette contestation. À In Salah, l’armée a promis aux manifestants le droit de protester, assurant que la police ne les réprimera plus. Une sorte de statu quo s’instaure. La Tunisie voisine connaît pour sa part une situation différente.

Tunisie, le grand flou

Encadré par l’Algérie et la Libye, deux pays qui roulent sur le pétrole, la Tunisie souffre d’un manque de matières premières. En 2014, le chef du gouvernement Mahdi Jomâa souhaitait publiquement que l’exploration du gaz du schiste démarre. Assurant que toutes les précautions technologiques seraient requises. Si la Tunisie n’a pas de pétrole, elle n’a pas non plus un potentiel phréatique infini. Un moratoire inconscient semble peser sur ce dossier sensible. Confronté à une crise économique d’une rare violence (une inflation à 5 %, un chômage de masse, un budget de l’État déficitaire…), le gaz de schiste fait ici figure de providence. Sur le papier. Le pays – désormais dirigé par le vieux briscard Beéji Caïd Essebsi et son Premier ministre Habib Essid – attend une prise de position officielle. Difficile par temps de crise de se passer d’une pareille occasion. De nombreuses multinationales attendent un feu vert pour se lancer. Le flou le plus total règne sur ce dossier.

 

Source : http://afrique.lepoint.fr/economie/gaz-de-schiste-algerie-tunisie-deux-realites-deux-approches-08-04-2015-1919387_2258.php

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